Mise à jour le lundi 14 avril 2025 par Pierre
En 1642, l’abbaye de Sainte-Geneviève de Paris fait construire dans le village de Nanterre un collège dont l’aménagement va engendrer un bouleversement urbain, économique et social. Les fouilles entreprises entre 2022 et 2024 ont permis non seulement de documenter cet ensemble religieux, démonté à la Révolution, mais apportent également un regard inédit sur l’habitat villageois antérieur au collège. Ce projet enrichit ainsi nos connaissances sur une phase de l’histoire nanterrienne mal connue, la période moderne.
Historique
Les trois campagnes de fouille qui se sont déroulées depuis 2022 dernier font suite à un diagnostic effectué dans le cadre préventif en janvier 2020 dans le parc des Anciennes Mairies à Nanterre (Hauts-de-Seine). Il avait permis la mise au jour d’une partie des vestiges du collège génovéfain fondé en 1642 par le Révérend Père Paul Beurrier (fig. 1). De ce bâtiment devenu collège royal au XVIIIe siècle et démonté à la Révolution, il n’était connu, jusqu’au mois de janvier 2020, que les sous-sols. En effet, une portion de ces caves est actuellement utilisée comme remise par le centre de santé Maurice Thorez située dans une maison bourgeoise de la fin du XIXe siècle, bâtie sur les ruines du collège. Une autre partie de ces sous-sols avait été découverte accidentellement en 1993 lors d’un affaissement de terrain lié à l’effondrement d’une voûte d’une cave mal rebouchée dans le parc municipal. C’est à partir de ce « trou » remblayé depuis, que le diagnostic effectué dans le cadre du projet d’agrandissement du parc municipal a débuté. Le vidage partiel de cette cave et le décapage au sommet de la voûte effondrée, ont fait apparaître un niveau de rez-de-chaussée jusqu’alors inédit sur un bâtiment que l’on croyait disparu. Si une bonne partie de ces caves avait été démontée et ensevelie à partir de 1797, une autre partie était donc bien conservée dans la partie sud du parc, c’est-à-dire dans l’espace mitoyen à l’actuelle cathédrale Sainte-Geneviève (ancienne église Saint-Maurice). Il demeurait donc un niveau de rez-de-chaussée insoupçonné et des caves non remblayées en-dessous. De ce niveau en surface, le diagnostic a révélé la présence d’un sol pavé, de murs, d’un accès condamné entre ce bâtiment et le presbytère, ainsi qu’une cage d’escalier menant au sous-sol.
En outre, le décapage mécanique à l’extérieur de l’emprise du bâtiment avait également permis la mise au jour de vestiges architecturaux antérieurs au collège. Des murs et des sols plâtrés bien conservés témoignaient de l’aménagement du village au XVIe et XVIIe siècle. L’orientation de ces murs suggérait une organisation du tissu villageois différente de celle que l’on connait aujourd’hui, héritée du bouleversement qu’avait provoqué l’édification du collège. De Nanterre avant la publication du plan terrier (1688) on ne connaît à ce jour aucun plan. On sait cependant, par la lecture des Mémoires du Père Beurrier, que de nombreuses maisons ont été achetées pour être détruites et laisser place au collège des génovéfains. Ces constructions, dont on observe clairement qu’elles ont été coupées de manière très nette pour le creusement des fondations du collège, font partie des rares témoignages, plutôt bien conservés et sur une surface non négligeable, de l’occupation du bourg de Nanterre antérieure au collège.
La création d’une telle institution dans un village de dimension modeste occupé alors par 1000 à 2000 habitants est un véritable bouleversement car désormais 10% de la surface du bourg de Nanterre va être occupée par l’ensemble religieux. L’arrivée d’une centaine d’élèves, accompagnés de leurs domestiques ainsi que des enseignants et du reste du personnel, va perturber l’équilibre du village. En effet, il faut subvenir aux besoins alimentaires de ces nouveaux occupants, notamment en eau. Le détournement des sources par les ecclésiastiques à leur profit va être à l’origine de conflits. Aux puits qui existent dans le village, s’ajoute la possibilité de capter l’eau dans les nappes phréatiques depuis les hauteurs du mont Valérien en l’acheminant dans le centre par un aqueduc. La construction des bâtiments du collège a nécessité une très grande quantité de blocs de calcaire. Pour répondre à ce besoin, le père Beurrier fait l’acquisition du domaine de La Folie, lieu de villégiature au milieu des champs, doté d’une carrière, situé entre Nanterre et Colombes.






