Mise à jour le jeudi 20 février 2025 par Pierre
Ce secteur d’Ennezat (Puy-de-Dôme) au toponyme évocateur a déjà fait l’objet de deux diagnostics archéologiques.
En 1992, un projet de lotissement a rendu nécessaire une intervention archéologique qui a permis de découvrir ce cimetière et d’identifier qu’une communauté juive de 200 personnes a vécu dans le village pendant environ 250 ans entre le XII et le XIVème siècle.
Ci-dessous, sépulture du cimetière juif d’Ennezat, fouillée au cours d’un diagnostic en 2003.
Les sépultures de ce cimetière, en fonctionnement du XIIe au XIVe, ne se recoupent pas au contraire des cimetières chrétiens contemporains.

Photo publiée dans l’ouvrage Archéologie de la mort en France, Lola Bonnabel, coll. Archéologies de la France.
Cette première opération sur la parcelle mitoyenne à l’ouest avait mis en évidence la présence de sépultures. Une deuxième opération, réalisée à l’est en 2000, n’avait révélé aucune sépulture mais un fossé pouvant indiquer la limite du cimetière. L’opération actuelle (quatre sondages mécaniques représentant 15 % du terrain) avait donc pour objectif de vérifier la présence éventuelle de sépultures et d’en cerner la limite d’extension.
Cette troisième opération a apporté des informations déterminantes concernant le site. Trois secteurs se distinguent : un ensemble d’une dizaine d’inhumations qui font partie du groupe fouillé en 1992 ; un deuxième ensemble funéraire d’environ 130 fosses qui pourrait correspondre à un total de plusieurs centaines d’individus si l’on extrapole la densité observée dans les sondages. Ces fosses sont extrêmement bien taillées, sans recoupement malgré une très forte densité. Entre ces deux ensembles, on note une série de structures fossoyées, à caractère domestique, et la présence possible de bâtiments semi-excavés. La céramique indique une période d’occupation correspondant aux XIIIe s. et XIVe s., donc antérieure à l’édit d’expulsion des juifs. Ces trois opérations de diagnostic ont démontré l’intérêt exceptionnel que présente ce site pour l’histoire hébraïque, la présence d’une communauté juive à cette période étant par ailleurs attestée par les textes.
L’étude des espaces funéraires des communautés juives a été initiée dans les années 1980 en France par Bernhard Blumenkranz et Gérard Nahon avec la constitution d’une équipe de recherche du CNRS, la Nouvelle Gallia judaïca.
S’appuyant en partie sur des sources textuelles, ils ont dressé un bilan ou inventaire des vestiges liés à ces communautés. Les travaux se sont développés depuis cette date, notamment avec l’émergence de l’archéologie préventive en France et en Europe. Ils restent toutefois encore relativement discrets quand il s’agit de données funéraires, pour des raisons en partie liées aux pressions qu’exercent les groupes orthodoxes en rappelant l’interdiction de toucher les morts.
Ces minorités très actives tentent en effet, par tous les moyens, de faire obstacle aux recherches en mettant en avant la suprématie de la loi juive sur les lois nationales relatives à la préservation du patrimoine. Après l’évocation des contraintes, l’article se propose donc de présenter les enjeux, une brève synthèse des résultats des fouilles du seul site funéraire français de référence, et un début de réflexion autour d’un point de chronologie.





